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Musique

Skyrock, la radio qui a démocratisé le rap ?

Zoom sur la radio française du rap. Par Lucie Perrin et Susana Gállego Cuesta

Même si son nom ne l’indique pas, Skyrock se présente comme étant LA station FM du rap. Radio française privée, elle réunit au quotidien quelque 3 240 000 auditeurs et auditrices, de plus en plus jeunes. Son émission Planète Rap a joué un rôle important dans la popularisation du rap en France. Retour sur une histoire d’ondes.Même si son nom ne l’indique pas, Skyrock se présente comme étant LA station FM du rap. Radio française privée, elle réunit au quotidien quelque 3 240 000 auditeurs et auditrices, de plus en plus jeunes. Son émission Planète Rap a joué un rôle important dans la popularisation du rap en France. Retour sur une histoire d’ondes.

Skyrock est une radio française privée créée le 21 mars 1986 par Pierre Bellanger, associé à Frank Ténot et Daniel Filipacchi. Initialement dédiée à la diffusion de musique rock, Skyrock s’est réorientée pendant les années 90 vers le Hip hop, le R’n’B et le rap, non sans difficultés et atermoiements. Dans la bataille pour la maîtrise des ondes, Skyrock se doit de conserver son cœur de cible, les 15/25 ans. La station, en concurrence acerbe avec Fun Radio, comprend qu'elle ne peut revenir dans la course qu'en offrant une alternative aux autres programmes. Elle riposte au succès de son concurrent, l’émission Lovin’Fun, avec Doc et Difool, en lançant sa libre antenne Sky Club sur le même format, avec la porn star Tabatha Cash et Toubib. C’est sans doute la présence de la hardeuse, originaire de Saint-Denis et amatrice de rap, qui a introduit dans les programmes de Skyrock ce que l’on nommait alors la « culture des cités ».  En ce début des années 1990, le rap ne rentre en effet pas dans la programmation des radios destinées à un public jeune parce qu’il est jugé à la fois marginal, pas assez mélodique et trop politique, et parce qu’il est toujours associé à la banlieue et aux problèmes sociaux qu’elle incarne dans les médias de masse. Le rap français n’est ainsi pas très présent dans les programmations des radios NRJ, Fun Radio et Skyrock, car trop connoté négativement.

Mais les quotas de 40 % de chanson française, entrés en vigueur par la loi de 1994, gênent les stations dans la programmation d’un choix musical qui plaise aux jeunes. Pour se distinguer, Skyrock prend alors le pari audacieux, sous l’impulsion de Laurent Bouneau, directeur des programmes, de miser sur les « musiques urbaines ». La culture Hip Hop née dans les rues du Bronx était déjà médiatisée à la télévision avec l’émission H.I.P H.O.P. (43 émissions sur TF1 non encore privatisée en 1984, première émission de télévision française présentée par un homme noir, Sidney), mais l’absence de coopération des réseaux de radiodiffusion musicaux rend difficile la mise en place d’une diffusion massive du rap. Ainsi, entre 1995 à 1998, Skyrock transforme sa programmation musicale jusqu’à diffuser 80% de rap, majoritairement francophone. Bien que le rap ne soit pas né avec Skyrock, il est indéniable que la station a participé à son décollage commercial.

La scène française, qui avait déjà dans les années 1990 une bonne dizaine d’années d’existence, se montrait d’une créativité époustouflante, et ce avec des coûts de production minime. Skyrock se saisit de cette aubaine, et prend la balle au bond en diffusant des artistes rap qui connaissaient déjà le succès. IAM et MC Solaar par exemple avaient déjà une carrière bien entamée lorsqu’ils passent à l’antenne. L’orientation rap de la radio est ainsi perçue par certains comme une récupération, et l’accusation d’opportunisme et de formatage est récurrente. Néanmoins, Skyrock accompagne l’âge d’or du rap français (1990-2000).

La radio prend alors le rap tel qu’il était : il n’y avait aucun formatage de son antenne, mais plutôt une envie de faire découvrir à ses auditeurs un maximum d’artistes. Les émissions spécialisées diffusées la nuit étaient présentées par des rappeurs ou des DJ qui avaient une totale autonomie sur la programmation musicale. Khéops avec Total Khéops ; Cut Killer avec le Cut Killer show, ou Bumrush ; Joey Starr avec SkyBOSS ou encore Jacky des Neg’Marron avec Couvre-feu marquent entre autres une période où le défrichage est le maître mot. Toutes ces émissions ont permis de faire découvrir des talents encore inconnus du grand public et ont donné une visibilité à des labels indépendants. Pour ces derniers, ces émissions constituaient souvent la seule chance de faire leur promotion. Elles permettaient également de profiter des talents des DJs qui offraient des sessions de mixage originales. De plus, elles permirent également à Skyrock de se crédibiliser dans le choix de sa nouvelle programmation auprès d’un public d’amateurs. Beaucoup de grands artistes ont soutenu Skyrock, et admettent devoir beaucoup au réseau radiophonique. En 1999, nombre de rappeurs avaient signé la pétition de l’antenne pour obtenir plus de fréquences de diffusion. Kool Shen et Joey Starr, MC Solaar, Akhenaton, Shurik’n, Fonky Family, Passi, Stomy Bugsy, Doc Gynéco, Arsenik ont apporté leur soutien à la campagne « Plus de fréquences pour Skyrock !!! ». Avant l’avènement des réseaux sociaux, les artistes ne pouvaient qu’être solidaires des besoins des antennes radiophoniques, seuls canaux de diffusion et de promotion au grand public.

La création de l’émission Planète Rap, portée et présentée par Fred Musa, introduit les contenus rap dans les heures de très grande écoute. Planète Rap était diffusée à ses débuts pendant une heure en journée, sans invité.e.s. Le format s'adapte petit à petit à ce qu’on peut entendre aujourd’hui : l’émission est programmée du lundi au vendredi, de 20h à 21h. Dès 1998, Planète Rap donne la parole à des artistes de rap et de R’n’B qui viennent présenter leurs projets, en proposant des moments de musique live de titres inédits et des temps d’improvisation freestyle. Les interviews d’artistes en promotion de leurs albums, les visites dans les coulisses des enregistrements et des concerts, ainsi que les medleys interprétés et choisis par les invité.e.s, complètent la proposition. Planète Rap - La Nocturne a lieu tous les vendredis soirs de minuit à 2h. Pendant ces deux heures, des morceaux de rap français sont diffusés, le plus souvent en présence d'un.e invité.e. Il y a aussi parfois des freestyles en direct ou une présentation des invité.e.s et de leur actualité musicale.

Cependant, 2007 signe la fin des surprises. L’antenne ne veut plus s’attarder sur une démarche de découverte de nouveaux talents, mais souhaite plutôt privilégier la diffusion du Top 40, accusant l’impact des réseaux sociaux, qui deviennent les nouveaux lieux d’élaboration du star system. Le recours à la vidéo devient une manière de contrer la prolifération des contenus indépendants sur le web. Ainsi Planète Rap gagne en visibilité en diffusant ses vidéos en direct et en les publiant sur leurs différents réseaux sociaux dont YouTube. 

 

Le choix résolument commercial opéré par l’antenne depuis plus de dix ans passe, obligatoirement, par la dénaturation de l’essence même du genre musical défendu, le rap, pointu et exigeant au départ. Les rappeurs sont façonnés à l’image de l’antenne et répondent à des critères précis. Les morceaux doivent être efficaces, accrocher dès les premières notes ; pour ce faire, le refrain ne doit pas arriver trop tard. Les critères artistiques passent au second plan, au profit d’une commodification de l’écoute. En se pliant au format Skyrock, les rappeurs concourent eux-mêmes à transformer le rap en musique de variété.

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